Cette année 2016 a été meurtrie par le suicide de 6 infirmier(e)s diplômés d’Etat ainsi qu'1 aide-soigante, ceci dans un quasi anonymat insoutenable pour les familles mais plus généralement pour tous les soignants de France.
Bien que nous soyons près de 600.000 infirmier(e)s et 400.000 aide-soignant(e)s, aucune personnalité politique ne semble se soucier de ces tragédies humaines. Afin d’obtenir une réaction de la part de la Ministre Marisol Touraine, il a été nécessaire de contacter directement son cabinet. Sa réponse ? Promettre des mesures psycho-sociales. M. Hollande, quant à lui, a reçu une lettre ouverte émanant d’un des principaux syndicats de soignants à laquelle il répond seulement en renvoyant la balle auprès de sa Ministre.
Combien de suicides faudra-t-il encore pour que la classe politique se soucie de nous et des patients ? Lorsque je dis "nous", il s’agit des infirmier(e)s, des aide-soignant(e)s, des auxiliaires, des paramédicaux et médicaux mais plus généralement du système de prise en charge hospitalière et extra-hospitalière des patients.
Depuis le plan Hôpital 2007 et l’instauration de la T2A (tarification à l’activité) déterminant pour chaque acte et pour chaque type d’hospitalisation, un forfait de rémunération pour l’établissement de prise en charge, la course à la rentabilité, à la compétitivité et aux économies est lancée. Ensuite, le manque d’investissements de la part du Ministère de la Santé a poussé les structures à contracter des emprunts qui aujourd’hui plongent les hôpitaux et cliniques dans des situations financières désastreuses.
Lorsque l’on sait que la rémunération du personnel représente en moyenne 67% du budget des établissements de santé, les conséquences ne tardent pas à tomber. Les restructurations de service, l’augmentation du ratio soignants/patients et les réductions massives budgétaires conduisent nos professions dans une impasse délétère pour la prise en charge des patients, qu’il s’agisse du secteur hospitalier mais aussi libéral ainsi que le secteur privé.
Ne serait-ce que pour les hôpitaux, les dépenses doivent diminuer de 3 Milliards d’euros, passant entre autres par une diminution des effectifs, le nombre de postes devant diminuer de 22.000 d’ici fin 2017. À tout cela il faut ajouter la charge administrative, la traçabilité, qui viennent alourdir toujours plus le quotidien des soignants au détriment du temps passé au lit du patient ou à son domicile.
Qu’il s’agisse des infirmiers libéraux, des professionnels en EHPAD, établissements de soins de suite, secteur hospitalier et d’autres, tous souffrent d’une charge de travail de plus en plus importante. Le nombre de burn out tend à exploser dans les rangs des professionnels de santé, les conditions d’exercice étant de plus en plus mauvaises et le sentiment du travail non fait ou mal accompli envahissant le cœur des soignants le soir en rentrant.
L’évolution de nos professions apporte avec elle son lot de responsabilités grandissantes, l’accroissement des actes que chacun peut exécuter sans pour autant remettre en question la valorisation de notre exercice. Les libéraux aussi sont touchés, entre la charge administrative et la facturation parfois sous évaluée selon les actes et leur nombre maximal par passage imposé qui les pousse dans un rythme soutenu et un épuisement physique.
Les restructurations ainsi que les régimes sévères dans lequel est jeté tout le système de santé conduit aujourd’hui à un véritable essoufflement des professionnels voire jusqu’au burn out. Le plus malheureux s’est déjà produit et continue de se produire de façon croissante, le suicide de professionnels.
Pour les professionnels de la santé, la réponse est évidente, il faut :
- Augmenter les effectifs en réévaluant les besoins et en imposant des quotas selon chaque spécialité, la population et les pathologies prises en charge afin d’améliorer la prise en charge des patients, de diminuer la fatigabilité des soignants, de diminuer le rappel des soignants sur leurs jours de repos et donc le risque à la fois d’erreur humaine ainsi que le risque psychologique. L’augmentation des effectifs permettra en outre d’améliorer l’accompagnement des stagiaires sur les lieux d’apprentissage dans des conditions adéquates ;
- Revaloriser les salaires de tous les paramédicaux au regard de leur responsabilité croissante ;
- Imposer des quotas de personnels soignants pour les établissements de santé privés, maison de retraite, EHPAD afin d’en finir avec le sous effectif soignant et la perte d’autonomie des personnes fragiles ;
- Renégocier la tarification des libéraux en commençant par supprimer la limitation à deux actes tarifés par passage auprès du patient.
Penser aujourd’hui au plus du million de soignants en France, c’est s’assurer d’une bonne prise en charge de tous les patients demain.
À vous, Monsieur le Président de la République, vous, Monsieur le Premier Ministre, vous, Madame la Ministre de la santé, et vous toutes et tous qui êtes dans la course pour la Présidence de la République en 2017, cessez de fermer les yeux sur des situations quotidiennement insupportables. Nous souhaitons enfin être écoutés et voir de véritables actes mettre fin au mal qui blesse chaque jour un peu plus ceux qui sont au service des autres.
Les soignants et les usagers du système de santé
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